La meilleure communauté de Shiba Inu en Suisse Romande
Le Shiba Inu est aujourd’hui l’un des chiens les plus iconiques d’Internet et des foyers du monde entier. Pourtant, derrière ce petit chien fier et méticuleux se cache une véritable épopée historique. Survivant de l’Antiquité japonaise, rescapé de la mondialisation et de la guerre, le Shiba que nous connaissons aujourd’hui est un miraculé de l’Histoire.
Plongeons dans les racines profondes de ce Trésor National japonais.

1. De la Préhistoire à l’Ère Edo : Les Premiers « Chiens de Broussailles »
L’histoire du Shiba Inu ne s’écrit pas en siècles, mais en millénaires. Il appartient à la famille des Spitz asiatiques, parmi les lignées canines les plus anciennes au monde, dont l’ADN est particulièrement proche de celui du loup.
Les chiens de la période Jōmon et Yayoi
Dès la période Jōmon (environ 10 000 à 300 av. J.-C.), des fouilles archéologiques ont révélé des squelettes de petits chiens enterrés avec soin aux côtés de leurs maîtres, prouvant un lien fort entre l’homme et l’animal. Ces « Chiens Jōmon » possédaient déjà un crâne large, des oreilles dressées et une petite taille, parfaits pour se faufiler dans la végétation dense.
Lors de la période Yayoi (300 av. J.-C. à 300 apr. J.-C.), de nouvelles peuplades arrivent avec leurs propres chiens, qui se croisent avec les chiens Jōmon. De ce brassage naît le type canin indigène japonais (Nihon Ken). Pendant des siècles, ces chiens évoluent en autarcie dans les montagnes japonaises, utilisés par les chasseurs (Matagi) pour débusquer les oiseaux, les lièvres et même aider à la chasse au sanglier.
Le mot Shiba fait référence aux « broussailles » devenant rouges à l’automne, milieu dans lequel ce petit Inu (chien) excellait, ou viendrait d’un ancien dialecte signifiant « petit ».
2. La Crise de l’Ère Meiji : La Pureté Menacée
Le premier grand péril pour le Shiba Inu survient à l’ère Meiji (1868-1912). Le Japon, jusqu’alors fermé au monde extérieur (période d’isolement Sakoku), s’ouvre brutalement à l’Occident.
Des occidentaux importent massivement leurs chiens de chasse (Pointers, Setters anglais). Les Japonais, fascinés par ces nouveautés, commencent à croiser frénétiquement leurs chiens indigènes avec ces races européennes. Entre 1868 et 1912, le chien japonais « pur » disparaît presque des villes et des plaines, ne survivant que dans les préfectures montagneuses les plus inaccessibles.
3. L’Éveil Nationaliste et la Fondation du NIPPO
Dans les années 1920, intellectuels et cynophiles japonais prennent conscience que leur patrimoine canin est en train de s’éteindre. En 1928, le Dr. Hirokichi Saito et d’autres passionnés fondent le Nihon Ken Hozonkai (NIPPO), l’Association pour la préservation du chien japonais.
Ils sillonnent les montagnes reculées pour recenser les derniers chiens de race pure. Ils classent les chiens japonais en trois tailles : grande (Akita), moyenne (Kishu, Shikoku, etc.) et petite (Shiba). C’est grâce au travail acharné du NIPPO que le Shiba Inu est officiellement déclaré « Monument naturel » par le gouvernement en 1936.
4. Les Trois Lignées Fondatrices du Shiba Moderne
Avant la standardisation, le « Shiba » désignait plusieurs types de petits chiens de montagne, nommés selon leur région d’origine. Le Shiba actuel est la synthèse de trois lignées primitives distinctes :
A. Le Shinshu Shiba (Région de Nagano)

C’était le montagnard par excellence. Avec un corps plus petit ou surtout plus court, ce Shiba Inu était construit pour résister aux altitudes de sa province, avec des sommets proches de 3000 mètres d’altitude. Un poil plus fort et plus épais protégeait ce chien, descendant direct du loup de Honshu, de l’île du même nom. C’était un chien calme et indémontable, d’un caractère ferme et sûr de lui.
- Couleurs historiques : Noire et feu, roux, sésame ou blanc.
- Héritage moderne : Il a donné au Shiba actuel sa robustesse, sa sous-couche dense et sa petite taille compacte.
B. Le San-In Shiba (Région de Tottori et Shimane)

Contrairement au Shinshu, le San-In était plutôt grand mais fin. Il possédait des oreilles plus pointues, était moins joufflu, avec un museau plus fin et un arrêt (stop) bien défini. Son tempérament était indépendant, mais souvent plus joueur. Ses yeux étaient en amande et la queue était plus fine, posée en arc.
- Couleurs historiques : Noire et feu, roux, sésame ou blanc.
- Héritage moderne : Il a transmis l’élégance des lignes, la forme des yeux en amande et l’expression espiègle.
C. Le Mino Shiba (Région de Gifu)

Une lignée très spécifique et extrêmement rustique. Comme le shiba San In, malgré une queue plutôt de type Shinshu (Sashi-U, en faucille pointant vers le dos), ce Shiba ne possédait pas d’Urajiro (les taches blanches sur le cou et/ou le poitrail imposées aujourd’hui).
- Couleur historique : Roux uniquement.
- Statut actuel : Cette ancienne lignée fondatrice a aujourd’hui pratiquement disparu dans sa forme pure.
5. La Seconde Guerre Mondiale : Le Goulot d’Étranglement
Si le NIPPO avait commencé à sauver la race, la Seconde Guerre mondiale fut un cataclysme. Les ressources manquent, les chiens sont affamés, et parfois même abattus pour leur fourrure afin d’équiper les soldats.
Le coup de grâce survient juste après la guerre, en 1945-1946, avec une épidémie dévastatrice de maladie de Carré. Le Shiba Inu frôle l’extinction totale. Il ne reste plus qu’une poignée de reproducteurs isolés.
La survie de la race s’est jouée sur quelques individus. Les éleveurs ont dû rassembler les dernières lignées de San-In, de Mino et de Shinshu et les croiser entre elles de manière stratégique. Des chiens légendaires comme le mâle Naka-Go (originaire de Shikoku) et ses descendants (notamment Aka-Tani) ont permis de fixer les traits, forgeant définitivement le standard du Shiba Inu tel qu’on le connaît : un compromis parfait entre les trois anciennes lignées régionales.

Conclusion : Un Trésor Vivant
Exporté aux États-Unis dans les années 1950 par des familles de militaires américains, puis en Europe quelques décennies plus tard, le Shiba Inu a depuis conquis le monde.
Connaître l’histoire du Shiba Inu, c’est comprendre son tempérament : derrière sa bouille adorable de renard se cache l’âme d’un antique chasseur des montagnes japonaises, façonné par les millénaires, presque effacé par l’Histoire humaine, et sauvé in extremis par une poignée de passionnés. Un véritable chef-d’œuvre de la préservation du patrimoine canin.
📚 Sources de cet article
- Archives du Nihon Ken Hozonkai (NIPPO) : Historique des sauvetages et standards de 1934.
- Fédération Cynologique Internationale (FCI) : Standard N° 257 – Shiba Inu.
- Haskett, Gretchen & Houser, Susan (1997) : « The Total Shiba » (Alpine Publications). Une référence sur la généalogie de Naka-Go et le sauvetage post-guerre.
- Chiba, Michiko et al. (2003) : « Japanese Dogs: Akita, Shiba, and Other Breeds ». Kodansha International. (Pour les détails archéologiques sur la période Jōmon et Yayoi).




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